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Farida GERALDO, architecte-urbaniste avec plusieurs cordes à son arc, nous partage ses expériences

Jeune togolaise très talentueuse, Essi Farida GERALDO est active sur plusieurs fronts : Architecte-urbaniste avec 5 années d’expérience inscrite à l’Ordre et Expert immobilier auprès des tribunaux, Fondatrice et Directrice du cabinet d’architecte « ARCHID’AR», Fondatrice de l’association Youth Architect Community, Promotrice du Programme de leadership « Youth Archidar », Alumni du programme Mandela Washington Fellowship (YALI) du Département d’État des États-Unis, du programme « Femmes en Energie » de Power Africa en 2018, du programme « African Women Entrepreneurship Cooperative » du Centre Global Entreprise (États-Unis) en 2019, Obama Leader 2019, Représentante de l’Afrique au Sommet de la Fondation OBAMA à Chicago en Octobre 2019.

Farida a réussi à concilier vie professionnelle et vie associative pour contribuer activement au développement de sa communauté. Nous avons eu l’honneur de l’interviewer pour qu’elle partage avec nous ses expériences. Lisez plutôt.

Sharing Professional Experiences (SPE) : Bonjour Farida. Merci pour le temps précieux que vous nous accordez. Il y a tellement de choses à apprendre de vous ; commençons par votre travail en tant qu’architecte. Pouvez-vous nous dire en quoi cela consiste réellement et quelles sont les activités que vous faites en tant qu’architecte ?

Farida GERALDO (F.G.) : Pour commencer, je dirai que je suis architecte-urbaniste. Je ne m’occupe pas uniquement du bâtiment, mais aussi de la ville.

En tant qu’architecte, j’aide le client à matérialiser son projet de construction suivant le budget requis. Pour tout projet d’architecture, nous faisons la prospection du site, établissons les plans, assistons pour le permis de construire et réalisons le suivi de chantier jusqu’à la remise de clé. Pour les projets du style « villa pour particuliers », nous proposons des plans en fonction du budget du client en lui faisant les choix les plus économiques tout en optimisant l’espace. Nous conseillons le client.

En tant qu’urbaniste, je fais le design des plans de ville en tenant compte des défis urbains et j’établis les documents d’urbanisme. J’aide à l’implantation des plans et effectue les missions de contrôle. Lorsque j’étais au ministère de l’urbanisme, je rédigeais les appels d’offres pour les documents d’urbanisme concernant toutes les localités du pays et évaluait les propositions.

Pour ma part, de façon spécifique, je me tourne vers la protection de l’environnement, ce qui fait que mon architecture est écologique avec des options pour les énergies renouvelables et mon urbanisme se veut durable.

SPE : Quels sont les aspects positifs et les moins bons aspects de votre travail ?

F.G. : Comme aspects positifs, il y a premièrement le côté pécuniaire. Un bon projet peut te mettre à l’abri du besoin pour une année au moins, ce qui te laisse le temps d’investir ton énergie dans d’autres domaines. Il y a aussi l’aspect libéral pour ceux qui optent pour être autonomes permettant ainsi une gestion de temps et d’énergie sans pression. De plus, notre métier contribue au bien-être de l’humanité, ce qui nous confère une grande responsabilité. Ce que j’adore encore plus, c’est le fait qu’aucun jour et qu’aucun projet ne se ressemblent. Nous pouvons nous insérer dans tous les domaines et sommes sujets à de multiples voyages pour les projets mais aussi à la quête d’inspiration. Nous avançons avec l’évolution du monde et nous créons, tels des artistes grandeur nature.

Les aspects les moins bons peuvent varier suivant les milieux. Mais pour un architecte en Afrique, c’est d’être confronté à des mentalités considérant les architectes trop chers ou à des usurpateurs de titre d’architecte d’où une rareté des bons marchés sur l’année. Je dirai que ce sont des risques.  Ce travail pèse beaucoup sur la santé à cause des nuits blanches et des projets qui nous demandent de donner plus d’énergie et de productivité sur une période courte. Généralement, la passion fait oublier l’aspect « santé » et cela devient une routine jusqu’au jour fatidique où le docteur te dit que tu ne dois plus travailler ou que c’est trop tard. Ce métier aussi peut couper l’aspect social car le temps mis au travail pourrait faire un ratio de 90 %, ce qui n’améliore pas la vie en famille.

SPE : Pourquoi avez-vous choisi ce métier, et pas un autre ?

F.G. : J’ai choisi ce métier par passion. C’est celui qui combinait au mieux mes capacités scientifiques, mon amour pour l’art sous toutes ses formes et pour l’environnement. J’aime cette idée de contribuer à des hameaux durables et de permettre à chacun d’avoir son chez. C’est un métier qui me permet de m’exprimer. Pour la petite anecdote, mon premier dessin réussi était une fleur à l’âge de 5 ans et à l’âge de 10 ans, j’avais fait le plan de ma maison avec des espaces tels que le jacuzzi, des espaces qui n’étaient pas intégrés dans la culture togolaise à l’époque.

SPE : Vous avez choisi d’entreprendre et de créer votre propre cabinet lorsque vous aviez 2 années d’expérience, alors que vous auriez pu travailler au sein d’autres cabinets. Pourquoi ce choix ?

F.G.  J’ai fait ce choix afin d’avoir plus de temps pour me consacrer à des activités parallèles associatives et participer à des programmes afin de renforcer mes compétences mais aussi afin d’avoir une expérience de la vie d’entrepreneure. En travaillant dans le cabinet d’un confrère, je ne pouvais pas voyager autant et je n’aurais pas acquis toutes les expériences que j’ai actuellement.

« … J’ai une confiance absolue en mes choix et en ma réussite donc je ne lâche jamais. Pour moi, le plafond de verre n’existe pas … » 

SPE : Quelles difficultés avez-vous rencontrées en tant qu’entrepreneure et comment les avez-vous surmontées ?

F.G. : Comme toute entrepreneure, les difficultés sont financières pour la mise sur pied de la structure et la recherche de la clientèle. Néanmoins, je ne peux pas vraiment me plaindre, j’ai ouvert ma firme après ma formation en Business et Entrepreneuriat du programme « YALI DAKAR ». Du coup, j’avais déjà des notions essentielles pour connaître la marche à suivre et comment franchir la plupart des obstacles. J’avais ainsi rédigé un semblant de business plan très léger qui ne s’appuyait pas sur les prêts.

J’avais déjà un carnet d’adresses ayant fait 2 ans en cabinet après mon diplôme. Pour réduire mes charges, j’organisais des formations dans les domaines d’énergies renouvelables et de leadership car j’avais aussi cette capacité de partager mes connaissances. Je me suis installée à la maison. Je me suis aussi mise dans l’optique « se faire connaître et ne pas se focaliser sur l’argent », « faire du bon boulot », « toujours bien payer ses collaborateurs » et « être présente à tous les événements qui auraient un impact positif sur mon réseau et mon travail ».

Je ne peux pas dire que j’avais le soutien absolu de mon entourage mais au fil du temps, leur langage de découragement s’est transformé en admiration. Et pour ma part, j’avais et j’ai une confiance absolue en mes choix et en ma réussite donc « je ne lâche jamais ». Pour moi, « le plafond de verre n’existe pas ».

SPE : En tant que jeune architecte, avez-vous eu des difficultés à trouver votre premier client ? Si oui, comment avez-vous fait pour gérer cette situation ?

F.G. : Je n’ai pas eu de difficultés pour mon premier client. Ce dernier est venu à moi car un confrère m’a recommandée auprès de lui. C’est ce qui m’a poussée à formaliser ma structure en peu de temps.

SPE : Tout le monde peut-il devenir architecte ou faudrait-il avoir un bon niveau dans certains domaines ?

F.G. : « N’est pas architecte, qui veut ». Il faut forcément faire des études en architecture. Le métier ne consiste pas uniquement à faire des plans. Il faut avoir la fibre de la créativité, savoir dessiner – ceci dit, les logiciels ont résolu beaucoup de ces tares – , être bon en sciences de façon générale, que ce soit les sciences techniques ou sociales.

SPE : Quel parcours scolaire et universitaire doit-on suivre pour devenir architecte ?

F.G. : Il faut avoir un Bac scientifique et intégrer une université ou école d’architecture pour 5 ans, au prime abord. Ensuite, l’on peut poursuivre par les spécialisations qui ont des durées d’étude variantes.

SPE : Le métier d’architecte est un des métiers qu’on considère souvent comme réservés à une certaine élite, à cause des coûts de formation élevés. Est-ce vraiment le cas ? Si oui, existe-t-il des moyens d’accompagnement pour permettre aux personnes talentueuses de se former ?

C’est vrai que ce n’est pas donné. Néanmoins, il existe les bourses pour les plus talentueux et les battants. Il suffit de bien s’informer. Pour ma part, j’étais boursière, étant arrivée 2ème sur les 14 pays de mon école d’architecture au concours d’entrée. Cela m’a exemptée de beaucoup de charges.

SPE : Pourriez-vous nous raconter une anecdote dans votre parcours professionnel qui vous a permis d’apprendre une leçon clé pour votre carrière ?

F.G. : Cela se déroulait pendant ma période de stage, après mon diplôme, au cabinet. L’on m’avait confié un client pour la conception d’un immeuble à 4 niveaux. J’avais pris l’habitude de concevoir si souvent en cabinet avec mes données que je n’avais pas fait la visite de terrain. Je me suis juste basée sur les données du plan cadastral ou relevé du terrain fait par le géomètre. J’ai donc bien enchaîné les nuits avec, pour que tout soit prêt. J’ai donc eu à discuter avec le client satisfait des plans qui voulut m’emmener sur le site pour qu’on pense à la suite. Nous avons formé notre équipe à l’agence et suivi les indications. Nous étant rendus sur le site, l’on a remarqué une anomalie sur la forme du terrain. On a donc pris les mesures et l’on s’est rendu compte que le terrain était plus petit que sur le plan cadastral et que des voisins avaient déjà établi leurs limites par les murs.

De retour au cabinet, j’ai paniqué car je devais insérer mon immeuble dans la nouvelle surface. Je me voyais mal tout reprendre, trois semaines à concevoir et me faire valider chaque étape du travail. Au final, après multiples astuces, j’y suis arrivée.

Depuis lors, j’ai retenu qu’il ne faut pas brûler les étapes et qu’il fallait toujours visiter le terrain avant toute conception. La confiance n’exclut pas le contrôle.

SPE : Avez-vous rencontré, dans votre carrière professionnelle, des difficultés spécifiques liées au fait que vous êtes une jeune fille ? Comment les avez-vous gérées ?  

F.G. : Non, je n’en ai pas vraiment rencontré. J’ai des grands frères, je me suis toujours battue parmi les premiers sur les bancs. Du coup, je me sens assez à l’aise pour être acceptée parmi les garçons. Et après être entrée dans l’Ordre des architectes, je dirai que le président de l’époque faisait déjà la promotion de la femme. Je dirai que j’ai la chance d’être arrivée à une ère où le togolais commençait par reconnaître que la femme a du potentiel. Certains clients préfèrent la femme à cause de la minutie dans le travail. Néanmoins, comme certaines de mes consœurs, j’évoquerai le problème de faux clients qui, au lieu de commander du travail en vous contactant, se fixent des objectifs de drague.

SPE : Y a-t-il certaines choses que vous auriez aimé connaître sur la vie professionnelle avant de vous y engager et qui vous auraient permis d’éviter de commettre certaines erreurs ?

F.G. : Je n’en sais trop rien. Je suis satisfaite de mon parcours et si je devais savoir quelque chose avant, ce serait pour m’améliorer et cela ne constituerait un élément qui m’aurait évité certaines erreurs.

« …Tout est une question de discipline, faire les plannings journaliers ou mensuels et, en début d’année, se fixer des objectifs pour ne pas perdre de vue l’essentiel… »

SPE : Au-delà de votre casquette d’architecte, vous menez également plusieurs activités associatives et participez à différents séminaires et formations dans le monde. Qu’est-ce qui vous a motivé à maintenir une vie associative dynamique, en parallèle avec votre métier de base ?

F.G. : C’est mon esprit de leadership qui me motive, cette envie d’apprendre, de partager mes connaissances et d’aider pour contribuer positivement à la communauté surtout africaine. Le pouvoir du leadership, c’est de servir. C’est pour cela l’initiative de mon programme Youth Archidar combine mes passions du partage des connaissances et de la protection de l’environnement. Pour moi, comme le dirait Mandela, « Education is key ». Je m’attèle donc à éduquer les jeunes, futurs de notre monde mais aussi à faire des actions bénévoles pour rendre les autres plus heureux. J’aime, par mes compétences, éduquer la jeune population à créer des villes durables.

SPE : Comment arrivez-vous à vous organiser pour vous consacrer à votre métier d’architecte mais aussi à toutes les activités liées à votre vie associative (séminaires, voyages, formations, etc.) ?

F.G. : Il n’y a pas de secret. Il faut être très planifié et fidèle à son agenda, savoir refuser ce qui perturberait les plannings et savoir prioriser les opportunités. Toujours prévoir des plans B ou C. Tout est une question de discipline, faire les plannings journaliers ou mensuels et, en début d’année, se fixer des objectifs pour ne pas perdre de vue l’essentiel. Toujours faire des bilans à mi-parcours pour rectifier le tir.

SPE : Vous êtes un véritable exemple. Votre carrière professionnelle ne vous empêche pas de vous consacrer à vos passions et de contribuer au développement de votre communauté. Quels conseils donneriez-vous à un jeune qui aimerait pouvoir, comme vous, avoir une carrière professionnelle si riche et épanouie ?

F.G. : (rires) Vous allez rire, je lui dirai de souscrire à mon programme Youth Archidar et de suivre mon module de leadership en m’écrivant sur ma page facebook : http://www.facebook.com/Youtharchidar ou au mail youtharchidar@gmail.com.

Tout simplement, je dirai au jeune, bats toi et n’abandonne jamais. N’aie pas peur de faire des sacrifices pour réussir. Investis toi dans les études et ne baisse jamais les bras. Sois humble et écoute toujours tes aînés avec discernement. Ne pense pas que les chemins les plus rapides sont forcément les meilleurs. Prends soin de ton corps sans trop d’excès et pratique l’hygiène mentale. Sois toujours reconnaissant et investis-toi dans ta communauté en faisant du bénévolat dans une association ou en défendant une cause noble. Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir et la nature n’a jamais été ingrate. Sois honnête avec toi-même et les autres pour la paix de l’esprit. Apprécie le moment présent, n’envie pas et surtout prie beaucoup.

SPE :  Merci beaucoup pour vos précieux conseils. Nous vous souhaitons tout le meilleur dans votre carrière.

F.G. : C’était un plaisir. Merci beaucoup pour cette opportunité. Bon vent à Sharing Professional Experiences.

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